Peut-on pleurer au deuil de son voisin, lorsqu’on est soi-même endeuillé?

Nous sommes en famille hein, réfléchissons ensemble


La situation : en ce moment, des atrocités se passent au Nigéria et révoltent à plusieurs égards. Les nigérians, de plus de 200 millions d’individus, ayant une grande diaspora et une belle exposition du fait de leur investissement dans la culture(littérature, cinéma, musique…), mobilisent la toile et les rues à travers le monde. Ceci pour dire non aux bavures, crimes et abus de la police(je résume grossièrement leurs doléances. Plus ici). En même temps, au Cameroun, depuis 2018 nous vivons une crise(certains disputeront le choix de ce mot mais, c’est le plus doux que j’ai trouvé) dans la zone anglophone(Nord-Ouest et Sud-Ouest du pays). Les dégâts : des milliers de déplacés, des réfugiés(principalement au Nigéria) et des pertes en vies humaines, en sont tristement les effets. Le cas du Cameroun n’est pas isolé. Dans plusieurs coins de l’Afrique, on compte diverses situations qui mériteraient qu’on se mobilise : enfants exploités dans les mines en République Démocratique du Congo, pour ne citer que cela. A l’échelle du monde on peut parler des Ouïghours, du Yemen, de la Syrie, des chrétiens persécutés etc.

En tant que camerounais : peut-on soutenir le voisin endeuillé, alors qu’on est soi-même endeuillé?

Si un jeune frère ou une connaissance me demandait conseil, ma réponse serait :

  • Tu peux pleurer, soutenir les autres quand ils en ont besoin, et ensuite, ou en même temps, te battre pour tes soucis. Heureusement tu as deux bras, deux pieds pour marcher avec eux, deux yeux pour pleurer tes soucis et les leurs! Tu as surtout, en tant qu’humain une faculté à te décentrer un moment, pour pleurer avec ceux qui pleurent, même si tu es très en peine. Je dirais que tu peux, si tu en as la force. Par contre si ton fardeau t’est trop lourd et t’afflige, ne te fais pas de cas de conscience; laisse ceux qui peuvent, soutenir les voisins. Mieux encore, encourage les à le faire si possible.
  • Tu peux te mobiliser pour tes causes, même lorsque tout va bien chez les autres. C’est à dire que tu n’as pas besoin d’attendre à chaque fois que le voisin pleure, s’exaspère de certains abus, pour te replier sur ta tristesse. En effet, consoler le voisin ne veut pas dire que tu ignores ta peine. Même si certains te rient au nez, toi seul sait ce qui te touche. Toutefois si tu l’ignorais, ou devenais insensible à tes soucis, c’est peut-être aussi l’occasion de t’en souvenir; surtout d’agir. Les crimes observés chez les voisins peuvent te rappeler ceux que tu commençais peut-être à négliger. Bien souvent par lassitude ou par dépit. Tu as le droit de t’en rappeler à cette occasion. Ceci, sans chahuter ceux qui comme toi, hier encore, s’adonnaient à d’autres loisirs sur les réseaux sociaux, oubliant ces causes qui méritent lutte.
  • Tu peux aussi choisir de te concentrer sur tes soucis sans soutenir les voisins, c’est ta liberté. Tu peux surtout, charitablement ou juste respectueusement te garder de vilains commentaires vis à vis de ce qui soutiennent les voisins alors qu’ils ont leurs soucis. Ils ont peut-être tords, mais s’ils ne sont pas sous ta responsabilité respecte leur liberté. En outre, la loi est là pour recadrer ceux qui soutiennent des causes répréhensibles(ex: soutien du racisme). Pour le reste, ils en ont le droit. Ils peuvent même pleurer sur les vestiges d’un vieux château! S’ils restent en même temps sensibles aux causes humaines, où est le mal?

Voilà pour mon avis.

Plus globalement, je pense qu’en tant qu’africain, nous devons apprendre à pleurer nos morts. C’est à dire à donner de la voix à nos problèmes. Le mouvement Black Lives Matter nous a démontré qu’internet et les réseaux sociaux peuvent être de puissants outils de mobilisation. Par ailleurs, je peux faire tout ceci, sans pour autant en vouloir à ceux qui pleurent à voix très très haute voix leurs morts(séries de reportages spéciaux, breaking news, hashtags, multiplication d’hommages, slogans etc) ; même si leurs souffrances, à l’échelle des miennes paraissent moindres. Pourquoi? Simplement parce que ces autres, ne m’empêchent pas de me mobiliser pour mes souffrances.

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